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Richesses du sanctuaire de Pyrgi

Richesses du sanctuaire de Pyrgi

Richesses du sanctuaire de Pyrgi

Inutile de souligner l'importance des lieux de cultes retrouvés dans le sanctuaire de Pyrgi aussi bien pour les cérétains des VIè et Vè siècles que pour les étruscologues contemporains qui sont encore loin d'en avoir inventorié et interprété  données et richesses. ..

Il est vrai par exemple que l'inventaire des divinités auxquelles les offrandes étaient dédiées reste particulièrement complexe à établir : dieux étrusques, grecs, italiques phéniciens, orientaux, divinités autochtones ou étrangères plus ou moins assimilées...Bref, tous les hommages rendus à des dieux protecteurs appartenant à une population cosmopolite en transit telle qu'on peut  en rencontrer dans un grand port commercial antique se trouvent là réunis depuis l'établissement de Pyrgi.

D'importantes richesses.

Les deux temples A et B  des VIè et Vè s. av. J.C. étaient décorés comme nous l'avons vu (article précédent du 11 mars 2017) d'extraordinaires hauts reliefs en terre cuite relatant entre autres, des aperçus de la légende thébaine bien connue des Etrusques et l'on peut se demander quel était l''intérêt de ces évocations mythologiques dans un sanctuaire.

Des éléments de réponse se trouvent dans le thème illustré : Zeus punit les arrogants qui l'ont défié et tous les participants à la rebellion contre Thèbes, la ville sacrée. Tous mourront. Le message était clair !

 

Par ailleurs, il faut savoir que la cité-mère Caere qui voulait être reliée facilement à son port où convergeaient les routes maritimes de toute la Méditerranée avait fait construire (sur environ 13 km) une route carrossable presque rectiligne pour y accéder (on pense aux liaisons presque identiques d' Athènes -le Pirée,  de Corinthe-Perachora ou de Tarquinia- Gravisca...). Les raisons étaient commerciales certes mais aussi liées à son prestige.

En effet, tous ceux qui arrivaient par la mer étaient impressionnés par l'importance des moyens déployés pour aménager le sanctuaire et les édifices qui l'entouraient. Tout était symbolique de la puissance financière, artistique et politique de CAERE. Malheur à ceux qui s'en prendraient à elle ! Et pourtant, toutes ces richesses accumulées et ostensibles ont  constitué le principal motif du pillage éclair lancé par DENYS DE SYRACUSE en 384 av. J.C. dont le butin fut faramineux !

C'était une infamie, un sacrilège !

Caere sera encore fréquentée jusqu'à sa transformation en colonie romaine au IIIè s. av. J.C. mais par la suite, les temples et les édifices sacrés du sanctuaire furent démolis et les décorations ensevelies...

Les lamelles d'or de Pyrgi

Il est temps maintenant de parler de ces lamelles qui sont en fait des dédicaces à la déesse UNI assimilée à l'ASTARTE punique.

Elles proviennent, comme on l'a vu précédemment du sanctuaire monumental et sont visibles à l'ANTIQUARIUM de Pyrgi au Castello di Santa Severa. (pour leur copie moderne) et celles d'origine sont conservées au Musée national étruque de la villa Giulia à Rome.

Découvertes en 1964 par Massimo Pallotino dans une petite zone rectangulaire entre les temples A et B, les 3 feuilles d'or étaient enroulées comme un rouleau de parchemin.

 

 

Richesses du sanctuaire de Pyrgi

Que nous apprennent-elles ?

  • Elles présentent un texte en étrusque, sur deux d'entre elles et une en punique (en phénicien) d'une dédicace faite par un "roi" de Caere, THEFARIE VELIANAS, à la déesse étrusque UNI (Astarté punique)

Elles constituent à ce titre un témoignage majeur et de première main sur les liens qui unissaient l'Etrurie à Carthage au Vè s. av. J.C.

  • Il y est question d'une réception de divinité étrangère, suite à un voeu ou à un bienfait ou à une victoire. ASTARTE est accueillie dans l'enceinte sacrée d'UNI-JUNON où un sanctuaire particulier lui est élevé...
  • le contenu des inscriptions étrusques et puniques est présenté avec plus de précision dans l'article de Wikipedia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lamelles_de_Pyrgi

Mais ces textes bilingues archaïques qui forment un tout et semblent complémentaires ne disent pas exactement la même chose si l'on en croit Jacques HEURGON dans son étude: Les inscriptions de Pyrgi et l'alliance étrusco-punique autour de 500 av. J.C. (1965). Lire:

http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1965_num_109_1_11813

 

 

En plus de ce formidable cadeau que constituent ces lamelles pour les étruscologues, le sanctuaire a livré plus récemment dans sa zone méridionale de grands dépôts votifs riches d'enseignement pour les rites étrusques et les importations de céramiques en provenance de Corinthe et d'Athènes dont Caere-Cerveteri était le principal importateur.

Les dépôts votifs

Après le sac du sanctuaire par Denys de Syracuse au IVè s. av. J.C., le sanctuaire méridional a connu de profondes mutations, des démolitions et des obturations qui livrent aujourd'hui de nombreux artefacts à inventorier: par exemple les puits  devant le temple A et celui où l'on a retrouvé la superbe tête de Leukothea avec des tessons de vases, de terres cuites, des offrandes votives, du mobilier sacrificiel... 

Section du puits ouest avec la tête de Leukothea "in situ"et le puits sud contenant le buste et la tête d'Héraclès devant le temple A. 1988-89. Document de Maria Paola Baglione, 2014

Section du puits ouest avec la tête de Leukothea "in situ"et le puits sud contenant le buste et la tête d'Héraclès devant le temple A. 1988-89. Document de Maria Paola Baglione, 2014

  • Le document ci- dessus de Maria Paola Baglione (Colloque du Louvre le 5 février 2014) permet de mieux visualiser la découverte de la superbe tête de Leukothea évoquée dans notre article du 11 mars 2017. 
  • Cette étruscologue de l'université de La Sapienza de Rome a été précisément l'élève de Massimo Pallotino, le découvreur de Leukothea et se trouve actuellement responsable des fouilles de Pyrgi et de Portonaccio (à Véies) depuis 2008. ( cf. Reflessioni su Pyrgi. Scavi e ricerche nelle aree del santuario. Roma, 2013.)

Les offrandes votives contenues dans le remplissage évoqué ouvrent  un nouveau champ d'investigations;  les fouilles approfondies des sanctuaires étrusques prennent ainsi de plus en plus d'importance et marquent, semble-t-il un tournant dans la recherche étruscologique ( on pense à celles du port de Gravisca pour la cité de Tarquinia...)