
Evoquons maintenant URGULANIA. Encore une femme étrusque de pouvoir (et de caractère)
Son nom, a été trouvé sur une inscription de Tarquinia et cette fois, c'est l'historien latin Tacite qui nous en fait un portrait de grand style dans ses ANNALES( II et IV). Notons au passage que TACITE ( 58-120 ap.J.C ) s'appelait Publius Cornelius Tacitus Caecina Paetus. Vous avez sans doute remarqué que figure ici le nom de sa mère qui appartenait à une famille sénatoriale originaire d'Etrurie...
Donc, Tacite raconte que cette Urgulania au caractère altier et dominateur,avait acquis une situation considérable "qui la mettait au-dessus des lois" grâce à son amitié avec Livie, épouse de l'empereur Auguste.
L'un de ses petits-fils avait défénestré son épouse...Pour lui éviter une évidente condamnation, Urgulania lui envoya un poignard ! (solution radicale pour sauver son honneur).
Ses liens avec l'impératrice lui permirent d'obtenir un consulat pour son fils M.Plautius Silvanus ( partagé avec Auguste lui-même).Plautius eut une carrière brillante qui lui permit de se faire construire un Mausolée avec des épitaphes pour lui et sa famille. C'est ainsi que nous apprenons qu'il avait épousé une LARTHIA ( d'origine étrusque donc ) car sa mère" veillait au grain". Elle suivit de la même façon un autre de ses petit-fils qui épousa une APRIONIA (étrusque). Son troisième fils ( Plautius Pulcher) fut préteur et fut marié à VIBIA MARSI NATA ( encore une...)
URGULANIA pratiquait, on le voit, une politique de rigoureuse endogamie à l'intérieur de l'aristocratie étrusque mais elle ne toléra qu'une seule mésalliance, nous précise J.HEURGON, : ce fut pour marier sa petite-fille URGULANILLA à un petit-fils de LIVIE, le futur empereur CLAUDE (qui régnera de 41 à 54 ap.J.C.)
Pour conclure cet article sur le rôle politique de la femme étrusque, on peut dire que TANAQUIL comme URGULANIA avaient de l'ambition pour elles-mêmes mais surtout pour leurs familles :( " audacia muliebris" ). Et si l'on ne peut donc parler de matriarcat, on peut affirmer que la société étrusque relevait de la gynécocratie.
Les historiens cités, rapporteurs des récits présentés plus haut, nous montrent en tout cas. un état de civilisation dans lequel la femme exerçait des prérogatives évidentes.
L'archéologie confirmera cet état en découvrant les peintures funéraires où nous la voyons participer avec les hommes à de nombreuses occupations de la vie sociale.
Les épitaphes également précisent les matronymes. A cela s'ajoute le contenu et la disposition des tombes aristocratiques féminines. Nous reviendrons sur ce point en présentant les bijoux remarquables de ces femmes trouvés dans ces tombes; cela nous permettra d'ajouter un nouvel aspect de la condition féminine dans la haute société étrusque, à savoir : la culture et surtout les privilèges dans l'Au-delà.
Légende de l'illustration plus haut, à gauche :il s'agit d'un très joli visage féminin qui orne une antéfixe en terre cuite du VIème s.av.J.C. de Caere- Cerveteri
Pardon pour la mauvaise qualité de l'image...
Urnes féminines du musée de Chiusi et le sarcophage en terre cuite de " Larthia Seianti" du II ème s.av.J.C. au musée archéologique de Florence.
Très émouvante, cette femme d'un certain âge à la coiffure particulièrement sophistiquée, au port aristocratique et parée de tous ses bijoux...
Sarcophage en terre cuite du IIIème s. av.J.C. :
Dans une tombe contenant plusieurs générations de défunts d'une même famille, ce couvercle nous montre une aristocrate d'un certain âge, à demi-allongée, dans une tenue très raffinée : une tunique ample et souple à la taille haute,des cheveux frisés en deux bandeaux. Nombreux bijoux indiquant son rang élevé. L'artiste coroplaste n'a pas cherché à idéaliser son modèle : c'est précisément ce réalisme du visage qui le rend émouvant. Musée de Tuscania. Tombe des Treptie.