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A la recherche des Etrusques...
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La vie quotidienne d'une famille étrusque à travers la tombe des RELIEFS

La vie quotidienne d'une famille étrusque à travers la tombe des RELIEFS

La tombe des Reliefs. Décor des deux piliers d'après Jules Martha (l'Art Etrusque, 1889)

La tombe des Reliefs. Décor des deux piliers d'après Jules Martha (l'Art Etrusque, 1889)

Carte postale de la collection privée P. Grassi.

 

    J'ai quelque scrupule à présenter ce fascinant hypogée de la nécropole de Cerveteri sans rendre tout d'abord hommage à Jacques HEURGON qui l'a si bien décrit dans son ouvrage réédité en 1989: La vie quotidienne chez les Etrusques (Hachette, 1961, p 201 à 212).

Sa description minutieuse et érudite de la tombe suffit amplement à satisfaire notre curiosité naturelle de ces lieux de vie tout droits sortis du IVè s. av. J.C.

Je ne manquerai pas de m'inspirer de cette étude si attachante car rien de mieux( à ma connaissance) n'a été fait depuis... 

Voir aussi l'hommage rendu par Franz De Ruyt dans Persée :

http://www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_1963_num_32_2_1392_t1_0765_0000_2

           Dans notre étude amorcée en décembre 2015 sur quelques tombes de la nécropole de la Bandaticcia à Cerveteri, la tombe des Reliefs avait été omise volontairement car elle exige à elle toute seule de trop copieux commentaires et constitue une "plaque tournante" aux trop nombreux débouchés; le cadre de ce blog qui n'évoque que des pistes ne peut y suffire. 

          La tombe des Reliefs (ou tomba bella)

       Trouvée au XIXè siècle (1846-1847) par le banquier collectionneur Giovanni Pietro Campana et complètement enterrée, on y accède par un long dromos en escalier creusé dans la roche qui débouche sur une vaste chambre voûtée au plafond à deux pentes partant d'une poûtre faîtière simulée (columen) et soutenu par deux piliers centraux carrés.

Elle présente un décor unique de bas-reliefs en stucs polychromes illustrant en trompe-l'oeil un décor de la vie quotidienne( ou de la survie dans l'au-delà) de toute une famille cérétaine du IVè s. av. J.C.

Les parois rocheuses sont creusées de nombreuses niches réservées aux morts

On compte 13 niches (alcôves pour les membres les plus importants ?) mais aussi une trentaine d'emplacements contigus sur le sol (juste délimités par un rebord) pour d'autres défunts. 

Là repose la famille des MATUNA, si l'on en croit l'inscription gravée sur un cippe à l'entrée de la tombe:  Vel Matunas Larisalisa ancn suthi cerichunce,  traduite selon J.HEURGON : "Vel Matunas, fils de Laris, a fait construire ce tombeau".

 

Voici 2 vidéos pour une visite générale mais sommaire de la tombe :

 

Vidéo sur YOU TUBE (2:44) 2014

Vidéo sur You Tube (2:12)

        Au fond de certaines niches, 9 graffites permettent d'établir une généalogie (qui reste toutefois bien incertaine...).

Vel Matunas aurait épousé une Canatnei dont le gentilice aurait été transmis à leur fille et à leur fils.

Identification de certains emplacements d'après les graffites (plan de J. Heurgon)

Identification de certains emplacements d'après les graffites (plan de J. Heurgon)

L'alcôve principale, celle du fond, pose problème.

Ce n'est pas, semble-t-il, celle du père ni celle de la mère, mais plutôt celle de la fille, Ramta (si l'on en croit l'inscription gravée dans le fond)...

Alcôve principale avec les deux bustes mutilés.

 

          Suspendus en relief sur les piliers par des clous, on distingue des vases, un collier, un éventail, une longue canne et des têtes malheureusement endommagées.

          Au-dessus, deux boucliers entourant un casque et un glaive.

         En-dessous, un fond décoré : une divinité infernale  (Scylla ou Charun ?) et Cerbère.

         Entre les deux pieds sculptés du lit, un long banc à la droite duquel repose une paire de chaussons (détail émouvant).

         A la gauche du lit, une sorte de coffre à serrure sur lequel on aperçoit du linge bien plié. 

S'entremêlent donc des attributs masculins et féminins... Mais le mystère s'épaissit : dans cette niche principale que l'on pensait être celle de Ramta, on a retrouvé un squelette d'homme !

En principe, chaque alcôve ne contenait qu'un corps mais la tombe a servi pendant plusieurs siècles et l'on a dû placer parfois deux membres de la famille dans la même niche (par exemple dans l'emplacement II : M.Matunas Clate et Ranthu Plavti. Dans la niche V, un couple d'une autre génération (Vel Matunas Aules clan (=fils) et Ranthu Ranazuia).

Avouons que nous sommes un peu perdus... 

Les piliers décorés. (photo de Alain Schärling dans son livre numérisé "Compter du bout des doigts p 78)

       Si nous revenons à la décoration générale de cette tombe, il est clair que les hommes qui y reposent étaient des guerriers ( nombreux casques, glaives, jambières, boucliers, épées avec fourreaux, cors et trompettes pour sonner la charge...).

        Les piliers offrent quatre panneaux rectangulaires (chacun d'environ 2 m X 0.70 cm) d'outils et d'instruments ménagers, des jeux, des paniers, des sacs, des récipients, des cordes, tous plus ou moins identifiables : une source documentaire unique et d'une infinie richesse sur la vie quotidienne étrusque celle des hommes mais aussi celle des femmes....

        Citons par exemple dans un inventaire à la Prévert : une oenochoè de bronze, une coupe en terre cuite, des louches, des cuillères à pot, une bassine, son pilon, son trépied,, un porte-couteaux , un faisceau de broches à rôtir, une hache, un paquet de cordes, des tenailles, des pinces, un plateau à moulures peut-être un abaque (?), une bourse en cuir contenant des dés, un rouleau, une roue dentée, une planche à pétrir, une sorte de chariot qui pourrait être un berceau ou un porte-brasero mobile, des baguettes en forme de quenouilles (ou peut-être des frondes), des bâtons recourbés en crosses (des houlettes de bergers ?), une fiole à parfums....Tous ces ustensiles sont suspendus à  des clous dans le plus grand désordre...

         N'oublions pas les animaux familiers (en bas de 3 panneaux) : un chien à queue en trompette, une fouine qui attrape une taupe, une oie qui picore des graines, un canard endormi la tête dans ses plumes, un chat qui joue avec un lézard...

Cette énumération est inspirée en partie de la description méticuleuse de Jacques Heurgon dans l'ouvrage cité plus haut.

 

Rappelons enfin que l'hypogée des Matuna fut, dès sa découverte, très souvent visité par les artistes, les voyageurs de l'époque (ceux du Grand Tour en particulier) et ont parfois laissé des dessins , des aquarelles et des peintures de cette tombe aux stucs polychromes si particulière. 

Samuel James Ainsley (vers 1850), crayon et aquarelle

 

Cesare Berzutti (vers 1850), huile sur toile (78 X 110 cm)