Comme dans bien d'autres domaines, les sports étrusques se sont inspirés de ceux des Grecs et il nous appartient de retrouver dans l'iconographie ce qui relève de la spécificité étrusque.
Cette dernière apparaît précisément sur certaines fresques des tombes de Tarquinia, peintes à l'époque de la splendeur étrusque, au VIè s. av. J.C.
Celles de la tombe des Augures sont particulièrement évocatrices.
LA LUTTE ET LE JEU DE PHERSU DANS LA TOMBE DES AUGURES
Lutteurs de la tombe des Augures à Tarquinia (VIè s. av. J.C.)
En l'honneur du défunt, dans le cadre des jeux funéraires, deux lutteurs nus s'affrontent en se tenant par les poignets...Un arbitre les départagera et le vainqueur recevra sans doute un des lébès (chaudron en bronze) qu'on aperçoit entre les deux adversaires.
Les deux lutteurs sont trapus et dégagent une impression de puissance par leur affrontement tête contre tête, leurs membres épais, musculeux, les fronts fuyants, les yeux grands ouverts, les lèvres charnues...La symétrie des attitudes renforce bien l'égalité des chances dans ce début de combat.
La scène est peinte avec réalisme, exprimant une force matérielle d'une élégance proprement étrusco-ionienne bien éloignée des représentations idéalisées gréco-corinthiennes.
Cependant, une autre scène de la tombe des Augures nous réserve une surprise : ce n'est pas un sport mais l'évocation d'un jeu bien mystérieux car nous n'en avons pas tous les codes...
Le jeu de Phersu. Scène reconstituée.
Deux personnages sont engagés dans une étrange dramaturgie, un jeu cruel...
De quoi s'agit-il ?
Le premier porte un bonnet (ou un casque) conique surmonté d'un pompon, une barbe postiche, un masque (le phersu >persona, lat. le masque de théâtre).
Il est vêtu d'une courte casaque noire à motifs blancs et d'un pagne (périzoma). Il excite un chien noir qu'il tient au bout d'une longue laisse pour attaquer un homme nu, porteur aussi d'un pagne, tenant une massue et la tête encagoulée d'une sorte de sac en tissu blanc. Ce dernier se débat, les membres et la tête emmêlés dans la trop longue laisse solidement fixée au collier du chien qui lui mord la cuisse.
La scène est violente car le jeu est cruel; le sang coule des blessures...
Quelle en est la signification dans le cadre des jeux funéraires ?
Il faut d'abord savoir que le protagoniste Phersu apparaît dans d'autres scènes et dans d'autres tombes :
1) celle des Olympiades à Tarquinia (même époque)

Son vêtement est ici à damiers noirs et blancs...
2) celle del Gallo (du Coq), toujours à Tarquinia (fin du Vè s. av. J.C.) où il semble accompagner une danseuse et un musicien, vêtu cette fois d'un casaquin à motifs noirs sur fond blanc...
3) celle de la Pucinella (Polichinelle) où on le retrouve dans un décor boisé, en train de danser derrière un guerrier sur une monture, à nouveau vêtu d'un vêtement court à damiers noirs et blancs comme dans la tombe des Olympiades...
Phersu serait-il alors un simple amuseur public populaire et à la mode, figurant dans les manifestations et jeux funéraires de l'époque ?
Avouons qu'il n'est pas facile de définir pour l'instant son rôle ni de saisir le sens de ses interventions !
Parmi les interprétations avancées, retenons celle de Denise Emmanuel-Rebuffat qui a pensé à une adaptation de la légende grecque d'Hercule et du chien des Enfers (combat dont le héros sort vainqueur) très prisée des Etrusques à cette époque, à charge apotropaïque ou consolatrice pour le défunt au seuil de l'au-delà et pour ses proches en deuil...
Pourquoi pas ?
Pour détails :http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1983_num_127_3_14063
Mais alors, comment expliquer la fuite de Phersu sur la fresque de la paroi opposée ? Fuit-il ou danse t-il ?
Cette fois, il a perdu son chien, son pagne, il est nu sous sa courte tenue rouge sombre ...
Pas d'explication mais nous sentons que ce personnage mystérieux, énigmatique, appartient en propre à certain rituel spécifiquement étrusque dont nous ignorons tout.
Il faut enfin sortir de cette ambiguïté : le sport et les jeux dans le contexte funéraire étaient des manifestations organisées par des privés de haut rang et participaient des rites propitiatoires qui se tenaient à l'extérieur durant les funérailles pour accompagner le défunt vers l'au-delà.
Mais il existaient aussi des jeux et des compétitions athlétiques organisés par les cités (des jeux votifs) et ceux concernant toute l'Etrurie donnés par la Ligue étrusque (au Fanum Voltumnae) dans le sanctuaire national des Etrusques. Il s'agissait donc là de spectacles et de cérémonies publics (cf. J.P.Thuillier, Les jeux athlétiques dans la civilisation étrusque, Rome, 1985 :
https://www.persee.fr/doc/befar_0257-4101_1985_mon_256_1 )
A SUIVRE