Huile sur toile (97x130 cm) de Charles Giraud (1819-1892) montrant une salle du Louvre (1866) Musée Napoléon III
L'intérêt de cette toile est de nous permettre d'apercevoir plusieurs urnes étrusques que venaient découvrir les visiteurs parisiens quelques années après l'acquisition exceptionnelle de la collection Campana par Napoléon III (dès 1861)...
Toutes n'étaient sans doute pas de Volterra car les maîtres artisans de l'époque hellénistique exerçaient aussi leurs talents dans des centres fréquentés par la haute aristocratie : à Pérouse, à Chiusi ou à Sienne... Mais toutes n'étaient encore ni authentifiées ni documentées et bon nombre sont d'ailleurs restées aujourd'hui anonymes...
C'est justement à ces oeuvres-là, prises au hasard dans la longue litanie des urnes contenant les cendres de défunts adorés, révérés puis oubliés, que nous voulons revenir.
Le réalisme tragique de certaines sculptures :
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Cet inconnu d'âge mûr au regard triste, aux pommettes saillantes, aux lèvres serrées, cache à peine les grandes oreilles décollées d'un visage aux traits anguleux sous un voile enserré sur la tête par un cordon de passementerie qui rétrécit un front soucieux...Ses grands yeux ouverts semblent regarder au loin, vers un autre monde...et ne nous laissent pas indifférents...
Malheureusement mutilé, il n'a plus de bras ni même d'attributs visibles qui auraient pu fournir quelques pistes de recherches à notre curiosité et surtout à celle des étruscologues ! Il faudra donc se contenter d'admirer la noble et mélancolique expression de résignation qui émane de ce singulier personnage...
Mais quel est donc ce bel inconnu ?
L'artisan sculpteur a fait preuve d'une grande sensibilité en saisissant l'expression de gravité du visage de ce jeune homme au large front qui semble préoccupé par les responsabilités qui lui incombent...(lèvres pincées, regard fixe dirigé vers le sol..).
Il paraît évident cependant que la tête du personnage est disproportionnée (trop volumineuse) par rapport au reste du corps, qui, surtout dans sa partie inférieure, n'est qu'un moulage maladroit; le bras droit par exemple (mauvais raccourci de réfection) présente un objet important : un "elogium" (ce rouleau précisant par écrit son identité, ses titres, éventuellement sa généalogie, il est donc fort dommage de ne pas y avoir accès ! 😂
Il porte un large médaillon, une sorte de "bulla" (souvent arborée à l'époque par les membres de la "gentry" et contenant des amulettes ).
Remarquons enfin que sa coiffure courte sous le voile ressemble fort à celle du portrait d'homme précédent (Ier s. av. J.C.)...A la mode d'"étrusque romanisé" ?
Convenons que ce personnage intrigant n'est pas dénué de charme ...
Réalisme et intensité dramatique se retrouvent dans ces trois portraits anonymes :
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Des visages anonymes émouvants qui frappent le visiteur alors que deux d'entre eux n'ont pour ainsi dire plus de regards...Ils sont pourtant bien attachants...
Les deux photos (recolorées) figurent en noir et blanc dans un petit guide du musée Guarnacci : Guide officiel du "Progetto Etruschi"(1985) p 45.
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A propos de cette présentation forcément succincte des urnes fascinantes du Musée Guarnacci (cinq articles), on comprend facilement quel visage cette société vouée à la romanisation a voulu léguer à la postérité : Non seulement elle fixe les traits individuels des défunts mais elle fixe aussi, à sa manière, un idéal d'humanité.
Les portraits représentés dans leurs ateliers par les sculpteurs les plus habiles (par exemple le Maître de Myrtilos, le Maître de la Centauromachie, le Maître des Petites Patères...), laissent transparaître la simplicité des moins fortunés, l'impassibilité du sage, l'énergie stoïque du philosophe ou l'élégance et la superbe de l'aristocrate.
Un grand art nous est donc révélé...et il nous reste beaucoup à apprendre.
Une vision d'écrivain : D.H. LAWRENCE Croquis étrusques p 191 à 221