Le Cavalier Marin : une oeuvre étrange...
Nous voici à nouveau devant une sculpture exposée à la VILLA GIULIA de Rome qui saisit le visiteur par sa singularité, son charme unique, sa séduction immédiate...
Un jeune homme chevauche un gros poisson qui s'apparente plus à un dauphin qu'à un hippocampe ... C'est encore une énigme pleine de fantaisie telle que nous en propose l'artisanat étrusque au détour des cheminements de sa créativité ouverte à tant d'influences diverses et mystérieuses pour nous !
Ce bloc est taillé dans du nenfro (tuf) en ronde-bosse et séduit d'emblée par l'élégance de ses volutes et l'équilibre de ses courbes. La partie supérieure de l'animal ayant été endommagée, il est difficile d'y voir un hippocampe comme l'affirment certains experts; nous la qualifierons plutôt de créature marine ici statufiée que semble maîtriser son jeune cavalier nu, au visage lisse, impassible, sagement installé sur son dos.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette oeuvre anonyme découverte en 1921 dans une tombe de VULCI datée du VIIème s. av. J.C. en même temps qu'une autre statue en pierre : celle du Centaure (déjà présenté dans ce blog...) faisant office de gardien funéraire.
Depuis sa découverte, bien peu d'informations ont été apportées à cette statue du Cavalier Marin pourtant si originale et nos références restent celles de M. Alain Hus qui s'est surtout penché sur tous les détails pouvant révéler les influences gréco-orientales de l'oeuvre.
Il est vrai que le thème du cheval marin connaissait une grande extension au VIème s. av. J.C. en Etrurie, en tant que gardien de tombe mais aussi psycopompe du défunt aux enfers selon la conception de l'Au-Delà étrusque. Et déjà, on peut se demander comment ces deux statues se sont retrouvées réunies dans une même tombe...Deux statues fantastiques d'époque archaïque : un homme-cheval et un jeune homme -"presque"poisson ! Ces deux visions anthropomorphistes d'artisans révèlent en tout cas les aspirations et la richesse de l'imaginaire étrusque de l'époque, même si seul le hasard les a réunit...
Une seconde approche de l'oeuvre :
Une simple constatation s'impose : le Cavalier Marin n'a ni intérêt ni avantage à être vu de face mais seulement de profil...
La vue frontale, ci-dessous à gauche, est bien décevante !
L'artisan sculpteur ne semble pas avoir travaillé en trois dimensions mais plutôt seulement avec deux plans de profils accolés...C'est très curieux... La technique est pourtant celle de la ronde-bosse (on peut tourner autour de la statue posée sur un socle) mais la pièce vue de face est alors illisible ou maladroite ...Il est vrai aussi qu'elle est incomplète...Elle reste bi-dimentionnelle et nous nous en contenterons !
Observation du personnage
Le jeune homme est nu et l'assise de son corps gracieux s'adapte parfaitement à la courbe sinueuse et musculeuse du poisson : un ensemble harmonieux conçu pour affronter la violence des mers...
Le visage inexpressif, impassible présente pourtant certains détails intéressants :
La masse des cheveux rejetés en arrière sur le cou et les épaules dégage un visage au front fuyant, aux pommettes saillantes, bien planté sur un cou massif; le nez cassé touche une petite bouche aux lèvres épaisses sur un menton proéminent.
Notons surtout les sourcils qui rejoignent la racine du nez et les yeux très allongés en amandes qui rappellent le regard ionien (mais aussi égyptien, assyrien...). L'obliquité de l'oeil est d'ailleurs une convention de profil d'origine orientale et participe au charme de ce visage si peu souriant. Il en émane cependant une certaine sérénité assez séduisante et mystérieuse comme on en décèle en Grèce orientale...
Le reste du corps
Les deux bras pliés vers l'avant encadrent une poitrine gracile et les jambes galbées enserrent souplement la monture...
Est-ce une nageoire qu'on aperçoit à hauteur du socle ?
A SUIVRE