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A la recherche des Etrusques...
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L'empereur Claude, premier étruscologue ?

L'empereur Claude, premier étruscologue ?

Tête en bronze de l'Empereur Claude (British Museum)

 

        Nous ne progressons que très lentement dans la connaissance linguistique étrusque malgré d'appréciables acquis depuis le Ier siècle de notre ère, époque à laquelle le peuple que nous appelons "les Etrusques" (Tusci, Tyrrhéniens, Tyrrenoi) étaient encore fort présents à Rome par ses monuments, ses manifestations culturelles, le crédit toujours accordé aux haruspices qui continuaient à perdurer.

       Cependant, il est navrant de constater que malgré le vif intérêt que certains historiens contemporains (Tacite, Suétone, Sénèque...) et personnages haut placés ont manifesté à l'égard de cette civilisation millénaire, nous n'en sachions pas davantage aujourd'hui ...Quelle déception ! 

       C'est pourquoi nous revenons encore et toujours sur l'échec final des efforts d'un passionné cultivé et compétent comme l'Empereur CLAUDE (Tibérius Claudius Drusus), 4 ème Empereur romain mais le 1er né hors d'Italie, à Lyon, en 10 av. J.C. et qui a régné de 41 à 54 ap. J.C. ...

L'empereur Claude au musée du Louvre

      Claude était pourtant bien placé pour apporter un précieux témoignage sur la langue et l'histoire des Tyrrhéniens, lui qui avait écrit une somme de vingt ouvrages écrits en grec : Les Tyrrhenica (oeuvre du Ier siècle de notre ère qui ne nous est jamais parvenue) ...  Pourquoi d'ailleurs Claude a-t-il écrit en grec, lui qui aurait aussi laissé une "grammaire étrusque" ? (Jamais retrouvée !). Lui qui était passionné de lettres, avait une grande connaissance des alphabets les plus anciens de son temps...  Alors nous comprenons mal les raisons pour lesquelles il ne s'est pas exprimé en étrusque...préférant utiliser des langues sans doute plus "officielles", plus faciles à manipuler (ou pour d'autres raisons !)  : C'était encore, nous dit Jacques Heurgon, "une lumière inespérée projetée sur l'obscur passé du peuple étrusque"... Oui, une lumière qui semble bien s'être éteinte par la suite pour de longs siècles !

   On connaît aussi quelques fragments (gravés dans du marbre) des Elogia Tarquiniensia en latin où Claude célébrait les hauts faits des héros de Tarquinia...Ces Elogias, d'une richesse insoupçonnée s'agissant de l'histoire de personnages étrusques devenus célèbres, ont été étudiés par d'éminents  étruscologues (Mario Torelli, Massimo Pallottino, Jacques Heurgon) tout aussi passionnés que Claude !

   Il faut cependant de la patience et du temps pour en lire la relation très savante :

https://www.studietruschi.org/wp-content/uploads/2021/07/SE46_27.pdf

 Claude, même une fois empereur, s'intéressait toujours aux Etrusques et s'ingéniait à les défendre : 

Dans un de ses discours prononcé à Lyon devant le sénat en 48 de notre ère, il relate la légende de Servius Tullius et de Mastarna pour en préciser des détails en contradiction avec des auteurs latins; il se trouve que le texte en a été conservé sur des tablettes en bronze dont voici la teneur : 

Texte rapporté par Monique Jallet-Huant , 2002

   Voilà qui prouve que Rome s'ingéniait à faire oublier ses origines étrusques !

 

  Mais quelle était donc l'origine de cette passion de Claude pour les anciens Toscans ? 

A gauche, Urgulania, grand-mère d'une célèbre famille tyrrhénienne de Plautia Urgulanilla : la 1ère épouse de l'Empereur Claude (A droite). 

Pour une biographie plus détaillée d'Urgulania, lire dans ce blog:

https://arossf.over-blog.com/2014/03/la-femme-etrusque-suite-6.html 

      Marié à 18 ans, la première épouse de Claude, Plautia URGULANILLA, appartient à une famille prestigieuse d'origine étrusque (une gens), petite fille d'URGULANIA, forte personnalité qui eut un fils unique, Plautius Silvanus (ce dernier eut trois garçons et une fille : URGULANILLA qui fut répudiée par Claude pour adultère (elle aurait été impliquée dans le meurtre d'Apronia, belle-soeur de Claude...). 

    URGULANILLA eut par la suite une fille, Claudia, née cinq mois après son divorce avec Claude qui la refusa et ne voulut pas la reconnaître...Nous voici donc plongés dans les tribulations dramatiques d'une famille plus que sulfureuse que nous pouvons encore suivre grâce au récit de Suétone dans La vie des douze Césars ou dans les Annales (II, 34,/ IV, 21, 22...) de Tacite.

   On sait par ailleurs que Claude, emporté par sa passion pour les us et coutumes étrusques, incorporait des éléments propres à ce peuple dans le quotidien des Romains... 

      Ajoutons quelques documents sur l'Empereur Claude, érudit et fort expert en civilisation étrusque certes, mais critiqué par Sénèque et en partie réhabilité de nos jours...

 

      Camée du triomphe de Claude (Bibliothèque royale du Pays-Bas) Photo de Guy de la Bédoyère :

Deux centaures tirent le char en piétinant les vaincus. Claude tient le foudre de Jupiter tandis que la Victoire lui apporte la couronne triomphale. A ses côtés Messaline (seconde épouse) tenant un épi, Octavie couronnée de lauriers et Britannicus en habit militaire (ses deux enfants).

 

Fontaine érigée en mémoire de Claude en bas de la montée de Choulans (Lyon); borne-fontaine (masque de cyclope) d'auteur inconnu, 1967.           L'inscription qui la surmonte : "A Jupiter très bienveillant et très grand, parce que Tibère Claude César Auguste est salué "imperator"

Marcus  Caprilius Luc... Tiberius Dubatus  (ont fait cette fontaine)

                           

Claude proclamé empereur :

Peinture de Charles Lebayle, 1886 (selon le récit de Flavius Josephe)

Résumé :

         Les considérations contenues dans cet article sont bien décevantes au regard de la question posée : elles ne peuvent démontrer en quoi l'empereur Claude a été le "premier étruscologue" sans la connaissance du contenu de ses écrits qui ne nous sont jamais parvenus. Parlons plutôt d'un empereur étruscophile qui a eu l'opportunité d'être intégré à une grande famille d'aristocrates étrusques par son premier mariage pouvant ainsi donner libre cours à sa passion en ayant accès à certaines archives..."C'était, note Heurgon, tout le monde étrusque qui lui était offert en dot, monde étrange et prestigieux dont le souvenir revivait à l'ombre d'Urgulania (...) et dont les archives familiales, jalousement gardées derrière les murs sévères des palais toscans, s'ouvraient libéralement à sa curiosité."

     On ne peut en effet que regretter la disparition des Tyrrhenica, sur l'histoire des Etrusques dont les révélations nous auraient tant appris ... 

Quelques lectures complémentaires :

TACITE : Annales, Livres IV-XII

SUETONE : Vie de Claude

BRIQUEL : Claude, érudit et empereur, 1988

HEURGON : La vocation étruscologique de l'Empereur Claude

 

   Bonne lecture !