Rappelons, si besoin est, que la fibule (agrafe ou épingle constituée d'un arc et d'un étrier) servait à fixer les pans de vêtement des costumes masculins et féminins.
Pour introduire la graphie suivante : celle d'une des plus anciennes inscriptions sans doute d'Etrurie centrale, il nous faut revenir sur notre article du 26 mars 2014 dans lequel nous avions brièvement présenté la fibule de Chiusi, comme exemple remarquable de la technique de granulation (importée du Proche-Orient).
Un grand nombre de bijoux a été retrouvé dans le mobilier funéraire des tombes de l'époque orientalisante mais la fibule de Chiusi présente un double intérêt : sa richesse ornementale par granulation mais surtout l'inscription sur les deux côtés de l'étrier (gaine, étui, péroné...)
"mi arathia velasvenas zamathi mamurke mulvenike tursikina"
que l'on traduit:
"Je suis la fibule d'Arath Velasvena. Mamurke Tursikina m'a donnée".
L'inscription couvre les deux côtés de l'étrier et se lit de droite à gauche. Elle est évidemment impossible à déchiffrer pour nous ex abrupto; il a fallu en passer par plusieurs stades de décryptages et d'interprétations depuis sa découverte en 1845 dans une tombe princière par Leone Mieli (dans un terrain acquis par sa famille en 1837 dans le Val d'Orcia...). C'est tout de même une écriture étrusque archaïque !
Passons sur ces études (1845, 1846, 1855,1932,1971...) rendues d'autant plus laborieuses que chaque caractère est constitué de grains ou de granules d'or parfois manquants...(observation au microscope ! ).
Pour les plus curieux, ceux qui veulent le détail de ces avatars, je recommande la lecture du remarquable travail de Jacques Heurgon en 1971 (en PDF):
Les illustrations ont malheureusement été supprimées mais les informations ont de quoi rassasier notre curiosité !
Tout récemment, une étude non moins remarquable, celle de Dominique Briquel dans son Catalogue des inscriptions étrusques et italiques du Musée du Louvre. paru en février 2016 chez Picard Louvre éditions, fait le point sur les interprétations actuelles.
Revenons à l'inscription: "mi arathia velasvenas zamathi mamurke mulvenike tursikina"
Arath Velasvena et Mamurke Tursikina
Qui sont-ils ?
Deux aristocrates; l'un est le donateur (Mamurke) et l'autre, le bénéficiaire (Arath).
Ce don entre aristocrates qui aimaient le luxe ostentatoire était une pratique courante dans les riches sociétés étrusques d'une époque (VIIè s.av.J.C.) où l'orfèvrerie connaît un essor considérable grâce à l'exploitation des gisements miniers qui a contribué en grande partie à la puissance économique étrusque. Ces nobles étrusques étaient liés entre eux par tout un réseau de dons qui pouvaient se transmettre...
Le gentilice "tursikina" est très intéressant: on connaît le nom "tuscus" mot latin pour désigner "l'étrusque" (d'où vient aussi notre adjectif "toscan"). Mais je ne me risquerai pas dans ce blog à proposer des solutions philologiques aléatoires alors que Jacques Heurgon nous a déjà donné de précieuses informations sur ce gentilice qui a suscité de nombreux commentaires chez les spécialistes de haut vol !
Notons enfin que des inscriptions de ce type (qui commémorent un don) se trouvent en bon nombre dans les mobiliers funéraires (cf la fibule de Préneste,dans notre article de mars 2014, déjà cité) et que ces objets portant écriture participaient au prestige social du défunt.
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